Petite fable pyrénéenne…

        Petite fable pyrénéenne…

 

Il était une fois, un isard qui aimait vivre dans ses montagnes. Celles-ci, il les connaissait par cœur. Vivant seul et un peu renfermé, sa passion et son expertise du relief étaient telles que souvent ses copains isards lui demandaient avis et conseils. Les moutons de la plaine au pied moins agile étaient émerveillés par ses bonds de rocher en rocher. Son activité se partageait entre des balades, où pour son plaisir il aimait surprendre dés le point du jour marmottes ou gypaètes, et l’étude pendant la journée d’autres peuples, d’autres coutumes, d’autres langages qu’il transmettait à des plus jeunes.

Sa plume était alerte et, sur la demande de ses amis isards, il s’avisa enfin de consigner dans un manuel toutes ses connaissances de la montagne afin de les partager avec eux et avec d’autres, plus ou moins moutons. Ce manuel, comme ceux écrits par des congénères un peu plus gros mais tout aussi agiles, à propos d’autres montagnes et dans d’autres régions, fit référence dans la nôtre.

De temps en temps, il amenait plusieurs copains (isards et moutons) sous d’autres cieux, dans d’autres vallées et d’autres plaines. Parfois le voyage était difficile et ils étaient ravis de pouvoir ainsi bénéficier de son expérience quoique parfois ils en fussent de leur débours. Mais ne dit on pas que lorsqu’on aime, on ne compte pas ?

Il avait fondé au pied des Pyrénées une sorte de club d’isards, qui en échange de quelques pâturins pouvaient profiter de ses sabots ailés pour rejoindre les aires d’observation en altitude…

 

Un jour, lors d’un périple loin de ses terres, notre isard, dont la solitude pesait décidément bien lourd, rencontra une brebis, quelque peu égarée avec un agneau bien tendre mais dont les bonds trop courts ne satisfaisaient plus ses rêves de brebis ailée.

Qu’arriva-t-il alors, sous les yeux des indigènes effarés ? La brebis bêla fort et l’isard fondit comme un aigle sur sa proie ; enfin…l’on ne sut jamais des deux qui bêla, qui fut proie….Mais à la fin l’agneau s’éclipsa...

La brebis bêla plus fort, les indigènes ne comprirent pas…mais grande fut leur ire devant tant de bazar.

Pour calmer les esprits notre isard la ramena chez lui dans ses montagnes et lui en fit découvrir chemins et aires de pâtures. Elle y prit goût et y demeura.

 

Leur avenir lorsqu’il se scella, d’émotion ne fit pas pleurer les chaumières

Les copains isards d’antan depuis longtemps lui montraient leur derrière.

D’elle et de ses bêlements, les sommets d’ici et d’ailleurs ne résonnaient plus guère.

 

Au hasard de promenades en des lieux escarpés ou plus plats, vous les pourrez entrevoir tous deux, enlacés mais bien seuls…

Vous aurez envie de leur dire : « approchez, venez boire avec nous, ne restez pas muets, ici on est dans les Pyrénées ! »

Mais l’isard de jadis est devenu mouton, peut-être était-ce là son fantasme caché…

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